Votre capsule historique hebdomadaire : Les Soeurs de Sainte-Jeanne d’Arc !

Avec cette capsule, nous amorçons une nouvelle série portant sur les communautés religieuses qui ont habité à Sillery. La première que nous voulons vous faire connaître est celle des Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc qui avaient leur monastère sur l’avenue de l’Assomption, là où est maintenant le Domaine de Sillery. Cette communauté religieuse avait sur son terrain, en plus de son monastère, un cimetière pour les religieuses et leur aumônier (maintenant transféré au cimetière Belmont) et son monument (un calvaire aussi transféré au cimetière Belmont), une statue équestre de sainte Jeanne d’Arc comportant la fresque des fondateurs et fondatrices du Canada [français], une grotte de Notre-Dame-de-Lourdes (toujours présente sur la falaise) ainsi que le monument de saint Michel terrassant le dragon (maintenant partiel comme expliqué dans une précédente capsule).

Monastère des Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc (Répertoire du patrimoine culturel du Québec)

La communauté des sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc est une communauté religieuse catholique fondée à Worcester (Massachusetts) en 1914 par le Frère Marie-Clément [Joseph Staub] et Célina Benoît (Sœur Jeanne du Sacré-Cœur). La mission de cette communauté est de se consacrer au service des prêtres diocésains. Si la mission de cette communauté est rapidement considérée comme importante par l’évêque de Boston, il aimerait que cette communauté soit anglophone afin de desservir la communauté irlandaise catholique de son diocèse. Dans une volonté d’avoir une communauté francophone, le Frère Marie-Clément et Sœur Jeanne du Sacré-Cœur vont donc chercher un lieu au Québec afin d’y établir la maison-mère. C’est le diocèse de Québec, voyant l’intérêt de la communauté pour ses nombreux prêtres diocésains et les presbytères, qui accepte l’établissement de la communauté. Un terrain à Sillery, sur les terres de Woodfield, aux limites de l’ancien fief Saint-Michel, est acheté en mars 1917 afin d’y construire un monastère. Entre-temps, elles s’installent sur la rue Saint-Jean à Québec, d’où elles déménageront en 1918 lorsque le monastère sera construit.

L’histoire de cette communauté est aussi l’histoire de l’évolution de leur nom. Dans les premières années de leur existence, puisque l’ordre n’est pas reconnu par Rome, il portera le nom de « Tertiaires de l’ordre de saint Augustin ». Elles sont vues comme des laïques célibataires ayant décidé, à l’image des béguines médiévales, de vivre en communauté sans prononcer de vœux perpétuels ni « porter l’habit ». Avec la canonisation de Jeanne d’Arc en 1920, elles ajoutent le nom de Jeanne d’Arc. L’année suivante, l’ordre est reconnu et reçoit une constitution religieuse et est considéré comme un ordre issu du mouvement augustinien, dédié au Sacré-Cœur de Jésus (tout comme les pères augustins de L’Assomption). La communauté prend alors le nom qu’elles vont ensuite garder, soit les Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc.

Alors que le Frère Marie-Clément fait l’écriture de la constitution, l’architecte chargé de dessiner l’édifice, Georges-Émile Tanguay crée un édifice aux goûts du jour (style château/néo-médiéval) qui sera ensuite allongé (1927-1928) d’une aile est du même style par l’architecte Raoul Chênevert. Dans l’ornementation de l’ensemble, les symboles médiévaux (créneaux, tours crénelées, contreforts, denticules et ouvertures cintrées) sont privilégiés, tout comme les symboles rappelant l’origine lorraine de la sainte patronne : comme la croix de Lorraine. L’édifice de béton est recouvert de briques rouges, alors que les fondations, aussi de ciment, sont recouvertes de pierres à bosselage afin de garder une certaine harmonie de style. En 1953, la grande tour servant à l’origine de porte d’entrée (déplacée en 1927 à l’aile est) est modifiée pour y inscrire un clocheton avec une statue du Sacré-Cœur de Jésus, et à l’étage, une avancée en saillie surmontée d’une statue de Jeanne d’Arc en armure. D’année en année, le nombre de religieuses va augmenter, les besoins devenant plus importants. À l’aile néo-médiévale de 1927, s’ajouteront une aile ouest, aussi néo-médiévale, puis une troisième (1963) plus à l’ouest, plus conventionnelle. Lorsque la communauté aura la charge de l’entretien des prêtres de la paroisse Saint-Charles-Garnier, la partie du presbytère qui leur sera réservée reprendra le même style.

Au fil des années, à partir de la maison-mère de Sillery, d’autres communautés des sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc iront aider les prêtres diocésains d’Amos, de Montréal, de Nicolet, de Victoriaville, de Trois-Rivières, de Sherbrooke, de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et de Rimouski. Jusqu’à l’aube du XXIe siècle, ces religieuses avaient des maisons au Canada, aux États-Unis et en Italie (Rome). En 2008, douze de leurs maisons seront fermées, dont celle de Rome, puis elles vendent à un promoteur immobilier la maison-mère en 2017 afin d’y intégrer des logements en copropriété (condos). Si le cimetière et son calvaire sont maintenant déménagés, la statue de saint Michel disparue (il ne reste que la structure d’accueil de la statue), il reste toujours la grotte de Notre-Dame-de-Lourdes, la statue équestre de Jeanne d’Arc ainsi que le petit kiosque, là où se trouvait encore à la fin du XIXe siècle, une maison ancienne.

Grotte Notre-Dame-de-Lourdes (SHS)