Votre capsule historique hebdomadaire : la villa Woodfield !

Nous commençons avec cette capsule une nouvelle sĂ©rie sur l’histoire de Sillery : celle sur les anciennes villas. La tradition est de dĂ©buter l’implantation des villas Ă  la suite de la mort du dernier jĂ©suite au Canada. C’est en le 16 mars 1800, alors que le pĂšre Jean-Joseph Casault meurt que le Gouvernement du Bas-Canada peut disposer des biens des jĂ©suites, dont la seigneurie de Sillery. Les marchands de bois qui louent les anses de Sillery Ă  la suite du blocus continental de NapolĂ©on (1806-1814) achĂštent les terrains au haut de la falaise de Sillery et s’y font construire des maisons de campagne qui deviendront des villas au centre du domaine. Pourtant, cette façon de faire Ă©tait beaucoup plus vieille. DĂ©jĂ , au milieu du XVIIe siĂšcle, le gouverneur Louis d’Ailleboust s’installe un manoir Ă  la ChĂątellenie de Coulonge. Il y habite, mĂȘme aprĂšs la fin de son mandat comme gouverneur. Tout Ă  cĂŽtĂ© (Ă  l’ouest de la chĂątellenie et Ă  l’est du fief Saint-Michel) la mĂȘme chose se produit, mais cette fois avec un ecclĂ©siastique.

Mgr Dosquet (archives du diocÚse de Québec)

Cette terre de 50 arpents a connu de nombreux propriĂ©taires entre sa premiĂšre concession en 1649 et sa transformation en villa. Au milieu du XVIIe siĂšcle, il existe bien une maison sur cette terre puisque deux des enfants du propriĂ©taire BarthĂ©lĂ©my Gaudin sont baptisĂ©s Ă  la mission Saint-Joseph. Mais ce n’est, en rĂ©alitĂ©, qu’une bonne maison paysanne. Les choses vont changer en 1728. Cette annĂ©e-lĂ , un sulpicien belge, Pierre-Herman Dosquet est nommĂ© coadjuteur (Ă©vĂȘque auxiliaire) de QuĂ©bec. N’ayant pas de siĂšge Ă©piscopal, on lui donne un titre honorifique, donc un Ă©vĂȘchĂ© qui n’existe plus pour l’Église catholique. Il est donc titrĂ© Ă©vĂȘque de Samos, une petite Ăźle grecque de la mer ÉgĂ©e alors (et toujours jusqu’à maintenant) dans les limites de l’Église orthodoxe. Monseigneur Dosquet devrait habiter au palais Ă©piscopal de QuĂ©bec, d’autant plus que l’évĂȘque en titre, Mgr Louis-François Duplessis de Mornay ne vient pas en Nouvelle-France. Mais le palais Ă©piscopal est presque laissĂ© l’abandon et les titres de propriĂ©tĂ© ne sont pas certains. MalgrĂ© cela, aprĂšs de nombreuses et couteuses rĂ©parations, il peut l’habiter. Mais il n’est pas Ă  l’aise avec la prĂ©sence importante de la population sur son chemin de ronde.

Il est donc normal qu’en 1730, Mgr de Samos cherche Ă  trouver une nouvelle demeure. Il va acheter, sur les hauteurs de Sillery une terre, qui prendra le nom de Samos. Il y fait construire une villa. En 1732, il repasse en France afin de demander que l’évĂȘque en titre de QuĂ©bec soit obligĂ© de venir s’établir en Nouvelle-France ou de dĂ©missionner. Et c’est ce qui va arriver : Mgr Duplessis de Mornay devra dĂ©missionner et Mgr de Samos devient Mgr de QuĂ©bec. Il va donc « dĂ©mĂ©nager » le palais Ă©piscopal sur sa terre de Samos et y installer sa suite. ÉloignĂ© des lieux de pouvoir (le gouverneur habite le chĂąteau Saint-Louis et l’intendant son palais en basse-ville), mais aussi de la population qui ne le voit pas, il va prendre une suite de dĂ©cisions qui ne satisferont ni la population, ni les autoritĂ©s civiles et militaires, ni le clergĂ© de la Nouvelle-France. Le 17 octobre 1735, il quitte avec sa suite la Nouvelle-France qui se retrouve, Ă  nouveau avec un Ă©vĂȘque absent. Deux ans plus tard, il dĂ©missionne. Pour non-paiement du prix d’achat et des rentes qu’il devait aux prĂȘtres du SĂ©minaire de QuĂ©bec, la villa retourne dans les possessions du SĂ©minaire. Elle sert au repos des prĂȘtres du sĂ©minaire.

Les anciennes Ă©curies de Woodfield (CimetiĂšre St-Patrick)

Lors de la ConquĂȘte, la villa Samos est fortement endommagĂ©e par les bombardements britanniques. Le SĂ©minaire de QuĂ©bec vend alors la villa et la terre de Samos Ă  un ami du gouverneur Murray. La villa est restaurĂ©e et agrandie, puis dĂ©nommĂ©e Woodfield. AprĂšs avoir de nouveau changĂ© de propriĂ©taire, la villa sert d’hĂŽpital militaire aux troupes de Benedict Arnold lors de l’invasion de la Province of Quebec par les troupes amĂ©ricaines. Peu endommagĂ©e, elle retrouve ensuite son propriĂ©taire qui loue sa maison comme lieu de repos et de villĂ©giature. Pendant toutes ces annĂ©es, la Province of QuĂ©bec n’a toujours pas de diocĂšse anglican et dĂ©pend de celui Nouvelle-Écosse. Sous la pression du gouverneur Guy Carleton, lord Dorchester, un nouveau diocĂšse est crĂ©Ă© pour le Haut et le Bas-Canada. Contre toute attente, le siĂšge de ce nouveau diocĂšse est installĂ© Ă  QuĂ©bec et c’est Jacob Mountain qui en est nommĂ© premier Ă©vĂȘque en 1793. ArrivĂ© avec sa famille (sa femme, ses quatre enfants encore mineurs et la famille de son fils aĂźnĂ©, ses deux sƓurs cĂ©libataires), il s’installe Ă  QuĂ©bec, mais deux ans plus tard, il dĂ©cide de louer la villa Woodfield et d’y emmĂ©nager avec sa famille. Ainsi, pendant 7 ans, le nouvel Ă©vĂȘque anglican de QuĂ©bec va habiter Samos. En devenant Ă©vĂȘque anglican, Lord Mountain devient aussi membre des Conseils lĂ©gislatif et exĂ©cutif du Haut-Canada et du Bas-Canada. Ironie du sort, l’évĂȘque Mountain utilisera ces fonctions politiques pour devenir l’un des plus importants opposants Ă  l’Église catholique canadienne. Il profite de sa position pour bloquer la crĂ©ation de nouvelles paroisses, pour refuser le refuge aux Français qui fuient la RĂ©volution française et pour pousser le gouvernement Ă  confisquer les biens des sulpiciens, la derniĂšre communautĂ© religieuse masculine Ă  recruter au Bas-Canada. AprĂšs le dĂ©part de Mgr Mountain, la villa est vendue Ă  Mathew Bell (directeur des forges du Saint-Maurice), puis Ă  William Sheppard qui transforme complĂštement la villa pour en faire un exemple des grandes villas de Sillery. Il ne reste maintenant de cette Ă©poque que les anciennes Ă©curies et le tracĂ© du jardin.

Si Mgr Dosquet a laissĂ© son nom Ă  une rue dans le secteur des Gouverneurs, son nom a aussi Ă©tĂ© utilisĂ© pour une rĂ©sidence sur l’avenue du Maire-Beaulieu. Pour ce qui est du nom de Mountain, il est associĂ© Ă  l’école anglophone (maintenant bureau administratif) du chemin Saint-Louis, prĂšs de l’avenue Maguire. En fait, le nom de l’école fait rĂ©fĂ©rence Ă  George Jehoshaphat Mountain, son fils, troisiĂšme Lord-ÉvĂȘque de QuĂ©bec. Indirectement, il est aussi associĂ© Ă  l’église anglicane St Michael puisque le petit-fils du Lord-ÉvĂȘque de QuĂ©bec, Armine Wale Mountain en fut le premier pasteur.

Pour lire toutes nos capsules historiques, cliquez ici.